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Nous autres pis eux autres

Épisode- 5

En ce mercredi pluvieux de l’automne 1971, les gars sont assis à leur table à la cafétéria et mangent leur lunch en écoutant des analystes commenter la situation politique à la radio. Ils parlent de la Crise d’octobre qui a eu lieu il y a un an, de la politique de multiculturalisme de Trudeau pour faire concurrence et affaiblir le biculturalisme, du mouvement souverainiste au Québec et de René Lévesque.  Jules se lève, éteint la radio sans se préoccuper des autres, retourne s’assoir, et s’adresse à Gontran.

 

Jules : Coud donc, Gontran, que c’est que vous pensez d’ça, vous autres, les Français, d’l’indépendance du Québec ? Le général de Gaulle est venu icite en 1967 pis y a dit…

Gontran : Oui, oui, Jules, je sais très bien c’que de Gaulle a dit.

Armand : Mais, en général, penses-tu que les Français sont pour ça ou contre ça ?

Gontran : C’est un peu compliqué. En France, ils ont des problèmes avec les Bretons, les Corses et les Basques qui veulent eux aussi l’indépendance…

Théo : Ils, Gontran, tu as dit ils en parlant des Français pas nous.

Gontran : C’est vrai ! C’est intéressant ! Y a quelques mois j’aurais dit nous. J’dois être en train de m’intégrer.

Jules : Mais les Bretons, les Corses pis les Basques, ça l’a rien à voir avec que c’est qui s’passe icite au Québec.

Gontran : Indirectement oui. La France ne peut pas d’un côté appuyer l’indépendance du Québec et de l’autre condamner les mouvements indépendantistes en France. En plus d’ça, le gouvernement français ne veut surtout pas avoir de conflits diplomatiques avec le Canada.

Armand : Ça, c’est l’gouvernement, Gontran, mais la population en général ?

Gontran : En général, ils s’en foutent comme en l’an quarante, comme vous dites ici.

Théo : Fichent, Gontran, pas foutent.

Armand : Mais le général, pourquoi tu penses qu’y a dit ça ?

Gontran : Il pensait que la pomme était mûre et qu’elle était sur le point de tomber. Il voulait simplement secouer un peu la branche pour la faire tomber un peu plus vite.

Théo : Mais, Gontran, si un jour, dans trente ou quarante ans, tu décides d’retourner en France pis de t’acheter un bistro ou un vignoble, que c’est qu’tu vas dire en parlant des Québécois : nous autres ou eux autres ?

Gontran : Bonne question, Théo ! Probablement qu’au début, j’dirais nous autres et après quelque temps, j’dirais eux autres. Tout le monde rit, y compris les gars de la table d’à côté qui ont entendu la conversation.

 

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